Dans le secret du conseil de classe
Faut-il permettre aux élèves ou à leurs parents d’assister aux conseils de classe ? Un vent de démocratie soufflerait sur l’école… Mais l’idée recueille peu d’enthousiasme. Et ne serait pas nécessairement à l’avantage des élèves.
Lieu de pouvoir et de décision. Assemblée cruciale qui prend des décisions capitales. Le conseil de classe décide de l’avenir des élèves. Et pourtant, son fonctionnement demeure plutôt flou, voire opaque. Les profs délibèrent entre eux, sans contrôle extérieur. Les règles qu’ils essaient de respecter varient d’une école à l’autre. Plusieurs enseignants nous le disent : elles ne sont pas toujours bien définies. Alors, faut-il revoir le système ?
Introduire les élèves ?
« Le fait que les élèves ne soient pas représentés, c’est problématique », avance d’emblée Aline Verlinden, du Comité des Elèves Francophones. Et la jeune fille de rappeler que 90 % de la population scolaire, ce sont les jeunes. « On sous-exploite et on sous-estime leurs capacités. L’élève concerné devrait pouvoir être présent au conseil de classe. En plus, ce serait instructif pour lui, ce serait une très bonne expérience citoyenne. » Mais Aline Verlinden redoute en même temps les effets pervers : « Face aux profs, un jeune de 15 ans ne combattrait pas à armes égales. Il n’a pas nécessairement le background pour se défendre ; ce serait perdu d’avance… »
En attendant, le débat est posé. Introduire l’élève : ok mais comment ? Son avis serait-il délibératif ou consultatif ? Serait-ce l’élève concerné ou un délégué ? Et quid de la confidentialité ? Du côté de la Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement officiel, on veut éviter les faux problèmes : « La participation des élèves ne doit pas être rejetée simplement parce qu’elle pose énormément de questions ». La FAPEO réfléchit d’ailleurs à une autre possibilité : la présence de représentants des parents. « L’idée n’est pas absurde, estime Didier Xhrouet, enseignant à Mater Dei. Mais cela pourrait se faire au détriment de l’élève : le conseil de classe fait parfois des cadeaux qu’il ne ferait plus en présence d’un parent… »
Confidentiel, pas mystérieux
En fait, la plupart des acteurs du monde scolaire ne souhaitent pas revoir le fonctionnement du conseil de classe. Au Secrétariat général de l’Enseignement catholique, par exemple, on est satisfait du système actuel. « Le déroulement d’un conseil de classe est confidentiel mais pas mystérieux, explique Conrad Van de Werve, porte-parole du Segec. A priori, la décision finale ne doit pas nécessairement surprendre. Rappelons d’ailleurs que le conseil de classe ne se réunit pas qu’en fin d’année ; il effectue tout un travail en amont. Et lorsqu’il délibère, le conseil prend la décision qui est la meilleure pour l’avenir de l’élève, sur base de l’apport de chaque professeur. »
Même tonalité du côté du cabinet Simonet. « Le conseil de classe pose des actes professionnels. Ce sont donc des gens qui ont une formation professionnelle qui doivent y assister, explique Alain Maingain, conseiller de la ministre. La présence d’autres acteurs serait incongrue. Par ailleurs je remarque, en tant qu’ancien directeur, qu’il est rarissime qu’un élève n’ait pas, dans l’assemblée, au moins un avocat. Il y a toujours quelqu’un pour souligner le positif. »
De tous côtés, on nous rappelle aussi l’existence des recours – internes et externes. Ceux-ci peuvent d’ailleurs influencer la décision du conseil de classe. « Les directeurs ont la hantise des recours, nous confie un enseignant. Perdre un recours, c’est embêtant. Dans mon école, on reproche d’ailleurs au directeur d’influencer le conseil de classe dans le sens de la réussite. La peur du recours et le désir d’éviter l’échec. Car l’échec d’un élève, c’est aussi un échec pour l’école ! »
Vincent Delcorps
“ J’ai déjà assisté à des pleurs ”
« J’ai déjà assisté à des disputes ou à des pleurs. Ça peut être le cas d’une enseignante très attentive à la situation de l’élève, qui a l’impression qu’on prend une décision qui enfonce celui-ci. Cela pose la question de savoir s’il faut tenir compte de la situation personnelle de l’élève, comme lors d’une séparation ou d’un décès. Je suis plutôt réticent car cela peut être injuste. De fait, dans certains cas, on ne connaît justement pas la situation personnelle de l’élève ! Autre chose : il arrive que certains titulaires de classe estiment qu’ils doivent défendre leurs élèves. Dès lors, ils cherchent tous les arguments en leur faveur. »
“ Les titulaires - Terreurs ? Ça se perd ! ”
« Dans l’absolu, on peut être confronté à des grandes gueules, des titulaires-terreurs… Mais c’est une pratique qui se perd, l’enseignement évolue. Chez nous, on cherche l’intérêt de l’élève et on essaie de voir s’il pourra réussir avec fruit dans l’année supérieure. La question n’est pas de savoir si on va lui donner des examens de passage ou pas. On est plus souple, on s’intéresse aux capacités de l’élève. Notre règlement nous permet d’ailleurs de modifier de 10 % une cote. Chaque fois qu’on y recourt, c’est en faveur de l’élève. »
“ Je vote en faveur de la réussite ”
« L’humain a clairement sa place au conseil de classe. D’ailleurs, il y a plus de dialogue qu’il y a vingt ans, ce qui est positif. Si les enseignants ne parviennent pas à se mettre d’accord, on passe au vote. Et en cas d’égalité, en tant que directeur, je vote. Toujours en faveur de la réussite de l’élève. En fin de réunion, il peut arriver qu’on revienne sur un cas. On est souvent influencé par la manière dont on a délibéré le premier élève… Même si nos discussions sont secrètes, il est très important d’être transparent et d’expliquer nos choix. Et puis, il faut que le conseil de classe soit solidaire, que tous les profs se rallient aux décisions. »



